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Fin d’hiver. Normalement pas trop froid, normalement pas trop pluvieux pour cette boucle de trois jours. Début et fin faciles, milieu vallonné, pas de grosse difficulté en perspective et comme les pointages sont assez rapprochés, il faut s’arrêter de nuit pour valider d’un coup cette douzaine de sites des Provinces Françaises.
Plus jeune, avant l’électrification de la ligne de Poitiers à La Rochelle, je me souviens des 5h de train et un changement de locomotive pour venir de Paris. Aujourd’hui, en moitié moins de temps c’est possible. Dans le TGV, l’hostilité et la solitude de la nuit déjà tombée défilent depuis un moment derrière les vitres. En sortant de la gare, les ténèbres prennent des teintes jaunâtres, se transforment en cohue fébrile. Beaucoup de piétons, de promeneurs, de vie grouillante en ville. Je ne sais pas quelle est la part de la physionomie urbaine distordue par l’obscurité, de celle de la frénésie humaine allant en tous sens, mais je me perds magistralement dans La Rochelle que je connais pourtant pas si mal. Une poignée de kilomètres de rajoutés, cinq ou six dès le départ, rien de grave au fond. Face à la route qui m’attend, il faut savoir relativiser.
De retour sur l’itinéraire, je peux enfin apercevoir le ruban lumineux rassurant du Pont de l’Île de Ré, me confirmant que je suis dans la bonne direction. La piste cyclable à son approche est alambiquée dans la nuit, puis le pont se monte en pente très douce, très agréable. Quelques minutes à rouler paisiblement au-dessus de la mer, impression toujours étrange, sans trafic automobile alors qu’il est encore tôt, à peine 21h. Le contraste est saisissant avec l’activité humaine bourdonnante du centre-ville. Assez vite se précise au loin sur la droite le cordon lumineux des premiers villages de l’île. En quittant La Prée, on quitte également l’aide offerte par l’éclairage public. La silhouette trapue du fort étalée près du rivage se dessine comme un dernier halo de clarté, un dernier repoussoir aux assauts de la noirceur.
Je dois manquer quelque chose en traversant La Flotte, le village me semble tentaculaire, interminable. Je tourne un peu en rond avant de retrouver le chemin de Saint-Martin. Même si elle est plate, qu’elle semble longue finalement à vélo cette langue de terre posée sur l’océan. Les kilomètres s’égrènent, puis enfin la silhouette blanche de l’église d’Ars-en-Ré se dégage au loin ; son clocher caractéristique, familier avec sa pointe noire, superbe de jour et également dans la nuit où l’éclairage fait percevoir d’autres détails.
À l’écart de la route traversant l’île, le village est replié dans son dédale de ruelles. Je flâne un moment avant de repartir pour le bout monde. Il n’est pas loin, à 5km environ, à Saint-Clément, là où se dresse le Phare des Baleines. Face au bruit apaisant de l’océan, il faut savoir retourner au silence de la terre endormie, vers Ars-en-Ré puis Le Bois-Plage et Sainte-Marie. Suivre la route qui traverse l’île par le sud n’est pas plus simple que de prendre celle qui sillonne le nord. Encore des portions interdites aux vélos. Agacement dans cette nuit où il n’y a personne, aucune circulation automobile, alors une route pour une autre, qui je gênerais ? Peu importe, voyager à vélo c’est au-delà des contraintes arbitraires, aussi savoir profiter des heures tranquilles, paisibles, volées au sommeil, et à chaque instant savoir fuir le tumulte. Pause à l’entrée de l’île, sous la protection de la Redoute de Sablanceaux, puis départ à 4h du matin pour le continent. En plus de ne pas avoir à s’arrêter trop longtemps, le but est de passer toute l’urbanisation de la métropole rochelaise avant l’heure de pointe. Revenu sur la terre ferme donc, la traversée de la zone industrielle de La Rochelle s’accompagne d’une crevaison franche. La première. Merde, déjà ! Ce circuit à peine commencé par le détour par l’Île de Ré, 80km quand même, et il faut se coltiner une réparation en fin de nuit alors que les camions de livraison s’activent tout autour. Pas terrible pour le moral, mais il faut bien faire avec. Et c’est reparti ! Passage par le centre-ville, plus agréable, pas âme qui vive cette fois. Trop tôt. Changement de physionomie. Les fêtards se sont évaporés, les salariés pas encore réveillés. Tranquille. Cap au sud plus ou moins par le littoral.
Je me dis que je fais bien de m’évader tôt de la capitale de l’Aunis – que j’aime pourtant – pour laisser derrière moi les 25km d’urbanisation continue… avant le plus gros de la fureur automobile. Pour marquer la fin de cet univers bétonné, après avoir incendié les ténèbres,
l’aube revient rapidement sur Châtelaillon-Plage, un peu nébuleuse, venteuse surtout. L’océan est devenu une réalité concrète, infini. Son lent va-et-vient gris s’accompagne d’un feulement de fauve assoupi. Perdue au milieu de rien sur un bout de chemin, la stèle commémorant les combats pour la libération d’Yves trône, oubliée, invisible dans la cohue matinale du grand axe reliant La Rochelle et Rochefort, pourtant à quelques dizaines de mètres du passage incessant des bagnoles sur la nationale 137
et sans doute ignorée de la plupart des conducteurs. Comme acte de résistance, des oiseaux gazouillent en réponse à la furie des moteurs ; c’est sans doute eux qui ont raison. Rejoindre Fouras à quelques kilomètres de là permet de s’écarter de ce remue-ménage.
En repartant, après Saint-Laurent-de-la-Prée, la voie verte traverse une zone humide apaisante, tranquille dans le petit matin laborieux très gris, très frais, qui n’arrive pas à se lever. Au détour d’un virage, la réalité ressurgit brutalement en longeant un moment – encore une fois – la N137, maintenant plongée à l’heure frénétique de l’embauche, pour arriver à l’entrée de Rochefort. L’approche pour la traversée du pont du Matrou dans la voie réservée aux cyclistes / piétons, n’est pas simple. Deuxième crevaison. Dire que j’ai vu construire ce viaduc en étant militaire juste à côté. Une éternité déjà ! Réparer ou rêvasser ? L’évidence s’impose. En chemin vers Soubise, je longe à quelques kilomètres à vol d’oiseau la base aérienne 721 avec sa forme de raquette de tennis, vue du ciel. Aujourd’hui, le tracé fait un peu fouillis avec ce qui est venu autour. M’en fout, comme bidasse on ne m’y reprendra plus !
À Moëze, le point d’eau à deux pas de la mairie est le bienvenu, car les bidons commencent à être à sec depuis la nuit. Et pour se laver les mains après deux séances de mécanique, ce n’est pas mal non plus. L’avancée matinale est toujours aussi pénible depuis que j’ai fait demi-tour au Phare des Baleines, dans un vent aussi têtu qu’il s’obstine à rester glacial. Brouage n’est plus très loin, à travers la plaine marécageuse.
En arrivant à l’ancienne place forte, le soleil perce enfin les nuages, promettant sa présence pour le reste de la journée. Les remparts se sont à travers les siècles éloignés du rivage sous l’effet de l’envasement. La Charente est un fantastique fleuve producteur de bouillasse. Une cigogne qui a élu domicile en haut d’une tourelle – ou d’une échauguette, si vous voulez pinailler – joue les sentinelles. Militaire désinvolte, son nid n’est pas fait au carré ! À l’intérieur des murs, pas beaucoup de touristes cette fin de matinée pour battre le pavé. Tant mieux. La rugosité du sol me ramène pourtant à la dure réalité : manque de pression dans le pneu avant. Encore… Et si cette journée n’était qu’un éternel recommencement, et moi un simple Sisyphe à pompe à vélo ? Flemme de réparer pour la troisième fois en l’espace de 70km ; merde, enfin ! Alors je regonfle à bloc, on verra bien… et contre toute attente et au mépris des lois de la physique et du suspense le plus élémentaire, l’air demeurera mystérieusement dedans !
Reste à prendre le chemin d’une autre île, celle d’Oléron. On ne le penserait pas forcément, mais le pont est déjà vieux, construit dans les années 60. Plus grosse île plus d’urbanisation, l’équation est simple. Oléron encore davantage que Ré présente des grands axes pour bagnoles et des gros bourgs sans beaucoup de charme. La beauté se découvre malgré tout quand le béton se relâche. L’Île d’Oléron a au moins l’avantage de ne pas emmerder le cycliste avec des interdictions partout et des pistes cyclables alambiquées qu’il faut savoir débusquer… sans les perdre de vue. En attendant, en montant le viaduc, le Fort Louvois, ne surveille plus grand-chose. L’invasion ne vient plus de l’océan mais du continent !
Les vestiges des anciens embarcadères du bac – qu’on pourrait prendre pour une première tentative avortée de pont, surtout du côté insulaire – s’effritent lentement en contrebas dans l’oubli, abandonnés et sans but. Le temps d’un pointage à Saint-Pierre-d’Oléron et c’est reparti.
En rejoignant l’est de l’île pour redescendre par la côte, le paysage se fait plus ouvert, plat, maritime, le temps d’atteindre Le Château-d’Oléron avant de retourner sur le continent. Descendre le viaduc se fait en pédalant. Le vent continue à distribuer généreusement ses rafales. La manche à air à l’entrée du pont, hoquetant à l’horizontale, le confirme. Je m’extirpe de la circulation du grand axe filant vers Saintes et Cognac pour prendre la direction de La Tremblade.
Répit de 25km le temps de retomber en milieu d’après-midi sur l’embouchure de la Gironde, bétonnée et balnéaire ; enfilade de pièges à touristes aux fronts de mer identiques et impersonnels de Saint-Palais-sur-Mer à Meschers-sur-Gironde, où les premiers vallonnements se présentent pour atteindre le village en quittant Saint-Georges-de-Didonne. La route ne prend cependant pas vraiment de relief avant d’atteindre Talmont-sur-Gironde.
Le village étant toujours aussi peu accueillant pour les vélos… pas d’antivol, pas envie de me faire voler quoi que ce soit, encore moins envie de fraterniser avec l’ennemi ; alors je ne m’attarde pas ! Dans la campagne qui se fait maintenant aussi viticole, fini la platitude du littoral. Place aux étapes vallonnées. Les hostilités sont lancées avec une longue côte pour s’extraire de Saint-Seurin-d’Uzet, qui commence par un raidillon à 8 % et traîne ensuite en longueur sur des pourcentages plus raisonnables. Beaucoup de vignes peuplent les hauteurs. La route navigue sur une modeste ligne de crête qui offre de belles et furtives vues sur l’estuaire le temps d’une dépression dans le trait de côte.
En quittant Saint-Fort-de-Gironde – et son église trapue au magnifique clocher Renaissance – le parcours s’éloigne maintenant du rivage et de cette Charente-Maritime touristique, qu’il est difficile de traverser en toute tranquillité du nord au sud à vélo. Cette fin d’hiver à l’avantage de la relative tranquillité. Sur la vingtaine de kilomètres de la D2, le dénivelé se calme et le vent aussi un peu, voilà depuis longtemps un tronçon bien roulant.
Sans le souffle, il y en aurait eu bien davantage, mais bon, rien de grave. La nuit est tombée sur Jonzac, la ville est calme, les abords du casino tranquilles. Plus loin, attiré par la curiosité et une porte béante, je fais une halte dans le petit cabanon attenant au cimetière de Léoville.
Le petit local rustique n’a pas servi depuis une éternité vu la couche de poussière qui règne à l’intérieur. Je ne dérangerai pas grand-chose – à part les araignées – à m’arrêter ici. Ainsi je dispose pour tout luxe l’abri du vent et la chaleur toute relative d’un toit sur la tête, mais comme je n‘en demande pas plus, je peux m’assoupir quelques heures pour ne pas arriver trop tôt au pointage d’Aubeterre-sur-Dronne. Loin de se calmer cette nuit, j’entends le vent jouer à faire claquer les tuiles, et repars dans le souffle toujours contraire. Juste remis en route, je passe par Sous la Godasserie. Le panneau du lieu-dit surgit de la nuit comme une plaisanterie… Ou pour m’extirper de mes songes, peut-être bien ! Tout droit en ligne de mire, la lune gibbeuse gonflée au trois-quarts veille sur les ténèbres. Peut-on avoir mieux comme lampe de chevet ? Bientôt sur l’horizon, se dévoile le clignotement rouge pointillé d’une ligne d’éoliennes. Le parcours reste bosselé, et il le sera pour toute la traversée de la Charente jusqu’à ce qu’elle redevienne Maritime.
Une bonne trentaine de kilomètres de néant trace son chemin au milieu de rien entre Chevanceaux et Chalais. La montée est laborieuse pour quitter le village. Pas une seule voiture cette nuit, ce qui contraste du tout au tout avec les routes du littoral suivies toute la journée. J’arrive tranquillement à Aubeterre-sur-Dronne en avance sur l’aube, et attends un instant le lever du jour pour pouvoir pointer.
Cap au nord. Deuxième étape vallonnée, il faut en prendre l’habitude. Ce matin la vigne a disparu du paysage, éparpillée quelque part dans la nuit. La lumière, crue de cette fin d’hiver et dorée du petit jour, donne une part d’irréalité aux vergers qui étalent leurs squelettes au vent. Encore aucune feuille. Comme des champs de sentinelles au bord de la route.
À côté, les vaches papotent avec les mouettes… et un peu plus loin, pas moyen de traverser Gurat ! Les travaux de voirie éventrent totalement la route. Aucun passage possible même à vélo ; gros engins, gros chantier. Pas de routes parallèles non plus, que des perpendiculaires. La journée commence comme une mauvaise blague. Sur mon plan, un seul détour raisonnable semble possible par les hauteurs, par une petite route serpentant à l’ouest. La côte est raide, le bitume hasardeux… puis fini à mi-parcours dans une cour de ferme ! Le chemin disparaît là. Je ne suis apparemment pas le seul à suivre ce sentier qui s’évanouit de la carte, gommé du réel, juste une chimère tracée sur le papier.
Une voiture d’aide à domicile termine sa montée et fait demi-tour pendant que je reste un moment perplexe et découragé. Il faut redescendre, pousser plus loin, pas le choix. Un crochet d’une bonne vingtaine de kilomètres au total, putain de petit matin. Le graal de l’étape, Villebois-Lavalette, apparaît enfin, perché au loin, posé sur une butte au milieu de la plaine agricole… ce qui se confirme en traversant les raidillons du centre-ville !
Je ne m’attarde pas trop, ma mauvaise humeur du moment égale la perte de temps. Ne plus y penser et ça ira mieux par la suite. À l’image du village juché sur son trône, toute cette étape restera vallonnée. Une de plus. Cap maintenu au nord, en passant pas très loin de l’agglomération angoumoisine… d’Angoulême, quoi ! Le trajet est à peine plus long que le précédent, 35km, mais sans les détours la route paraît beaucoup plus courte pour arriver à La Rochefoucauld, où l’imposant château est à chercher de l’autre côté du centre-ville.
Cette étape est encore une fois plutôt pas mal bosselée, atteignant à L’Arbre son point culminant – à moins de 350m ! – même si après Verneuil les côtes s’atténuent un peu. Les rares et minuscules villages contrastent avec l’urbanisation du littoral. Pas grand-chose à voir, pas grand-chose à dire. Le parcours devient très roulant en fin d’étape ; en particulier de Pressignac au lit de La Graine, avec une longue descente rapide qui remonte ensuite tout doucement pour accéder à Chassenon.
Le profil de la route change cette fois un peu, avec une première partie comportant des descentes comme des montées s’étirant en longueur, et une deuxième moitié qui s’assagit. Faire passer l’itinéraire par Chirac ? Comme ça ne nécessite pas un grand détour, c’était indispensable. Question de politique, question de patrimoine ? Non, simple curiosité. Prêter l’oreille au bruit, humer son odeur… Le modeste village, pas celui de Lozère hein – vu que nous sommes en Charente –
est assez banal, mais l’arrêt photo s’impose par respect de l’insolite et de l’ancien président gouailleur ! Le chemin se poursuit tranquille avant d’arriver à Saint-Germain-de-Confolens, où les ruines du château veillent sur le petit village endormi à l’ombre de Confolens… tout court… bien plus gros bourg traversé 5km avant.
Dans le soir entre Saint-Coutant et Champagne-Mouton, les éoliennes tournent vivement avec un bruit doux et sec à la fois, qui rappelle le claquement des voiles des navires. Mirage sonore. Le rivage à l’ouest, celui de la Charente-Maritime que j’ai laissée hier soir, je ne le retrouverai que – ou déjà ! – demain. Première partie vallonnée jusqu’à Champagne-Mouton où une halte de quelques heures permet de retarder une arrivée nocturne à Rouillac. En repartant, la route est moins gondolée, presque plate. La lune est absente cette nuit. Le ciel est lourd et aveugle, le vent toujours présent, les ténèbres opaques.
Une nouvelle ligne d’éoliennes rouges clignotantes danse dans la nuit au-dessus de la tôle ondulée de la route départementale dégradée. Surgissant des ténèbres, les panneaux « Verglas fréquent » m’agacent encore plus que de jour. Mais combien, en ai-je vu depuis le départ ? Une cinquantaine peut-être bien. Ces routes sont-elles à ce point hostiles et vraiment moins sûres qu’ailleurs, ou alors les autorités locales se couvrent à bon compte en les parsemant d’écriteaux plus que de sel ? Curieuse manie en tout cas. Je passe devant le boulanger de Mansle ouvert à 4h30 du matin. Ce genre de présence est de plus en plus rare pour le réconfort des passagers de la nuit, le temps d‘une pause bienvenue. Arrêt obligatoire ! À l’approche de Rouillac, le château de Lignères à l’écart dans son parc et veillant sur sa distillerie, commence à ressortir de la pénombre à l’aube revenante.
Les premiers plants de vigne réapparus entre chien et loup en arrivant sur Rouillac confirment leur réalité en repartant en direction d’Anville. Malgré les 3 misérables % consommés en France – et même s’il n’a pas été un assez bon désinfectant pendant la crise du Covid ! – le cognac continue à garder les faveurs des soiffards étrangers ; étasuniens et chinois en tête de liste. Alors il faut bien du raisin pour les alambics, mais je ne me souvenais pas d’un vignoble étendu jusqu’au voisinage immédiat d’Aulnay-de-Saintonge, à une poignée de kilomètres.
Dernier pointage. À peine arrivé en ville, la pluie commence à tomber prenant le relais du vent qui s’épuise enfin. Le cimetière médiéval entourant l’église Saint-Pierre-d’Aulnay mérite un arrêt. Toujours aussi calme et reposant, je lui trouve cependant un peu moins de charme depuis son réaménagement discret qui le rend plus domestiqué, moins sauvage. Sous l’averse qui continue avec la détermination propre à l’inéluctable, petit arrêt contemplatif devant les tours trapues du château de Dompierre-sur-Boutonne. C’est le meilleur point de vue, sur l’autre face l’édifice paraît plutôt fade, ordinaire.
La route redevenue horizontale a perdu tout relief. Il reste à retourner à La Rochelle via Surgères, pour terminer la boucle avec un petit crochet au nord comme dernière gourmandise. Détour par Marans juste pour voir les vestiges de l’église Saint-Étienne perdue au milieu du cimetière, avant que les sévices du temps – en plus de ceux commis par l’Homme – ne l’ait complètement mise à terre.
Beaucoup de circulation à nouveau, en début d’après-midi, en prenant l’itinéraire en montée puis à la redescente du pays de la poule aux œufs chocolat. Bon, c’est la Charente Maritime, mais a priori pas grand site touristique, rien, pas de grande urbanisation aux alentours, et même là, ça génère du trafic hors saison. Ce n’est donc définitivement pas le genre de circuit à faire en plein été. Parenthèse de calme, le bout de piste cyclable pris après le Pont des Prieurs ne dispose d’aucune mise en valeur, pas d’indication, rien. Peut-être pour dissuader les cyclistes qui ne sont pas du coin d’aller déranger les pêcheurs. Les deux premiers kilomètres d’asphalte sont parsemés de bonshommes patients du bouchon – au bout du fil nylon ou du goulot ! –
puis les deux suivants, où les habitués de la canne à pêche ne s’aventurent pas, sont une simple piste de terre battue un peu dégradée par endroits, mais sans pierres bringuebalantes dans tous les sens. Dommage pour ce chemin ramenant vers La Rochelle qui aurait mérité mieux que de se poursuivre ensuite en simple ornière… Du coup, qu’il soit connu ou pas, finalement ça ne change pas grand-chose ! Il reste alors une douzaine de kilomètres pour achever ce circuit sans grande difficulté.
En résumé, malgré ce que laisse penser ce parcours avec ses modestes 5200m de dénivelé pour 730km, il comporte en fait deux visages : celui d’un Dr Jekill du littoral avec une Charente-Maritime au paysage horizontal (≈350m D+ / 100km) et largement urbanisée avec la forte circulation qui en découle, et celui d’un Mr Hyde de l’intérieur des terres avec une Charente (pas maritime, celle-là pour le coup) plus campagnarde aux villages moins denses, plus rares et plus dispersés, dans un cadre beaucoup plus vallonné (≈1100m D+ / 100km) et comportant beaucoup moins de circulation. la route de nuit a été assez fatigante, demandant beaucoup d’attention et empêchant parfois de bonnes prises de vitesse, car dans les Charentes on ne s’encombre pas de lignes blanches sur les routes ordinaires ; pas un trait, rien, ici on économise la peinture ! En définitive, pas de grands efforts à fournir, à part pour lutter contre le vent qui curieusement est venu obstinément des terres… et dans un environnement plat, rien ne le freine, le vent !
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Le parcours Openrunner N°20973891 réalisé : 730 km
La feuille de route détaillée
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